Historien de l’immigration, Cédric David est l’auteur d’une thèse sur les politiques du logement social à Saint-Denis (1950-1990) dans laquelle il analyse l’émergence des catégorisations et des discriminations ethno-raciales dans les HLM, en lien avec les contraintes politiques et économiques qui pèsent sur les bailleurs sociaux. Il montre que contrairement à un certain nombre d’idées reçues, le récit consistant à dire que « les immigrés sont passés du bidonville au HLM », « des grands ensembles ont été construits pour loger les immigrés », ou encore « le regroupement familial instauré à partir de 1974 a précipité la crise des grands ensembles » en faisant « fuir les classes moyennes blanches », la réalité est davantage liée à des contraintes économiques.
Le chercheur explique parfaitement comment ces récits stigmatisants masquent en réalité des discriminations instituées, notamment en direction des familles algériennes (Cohen 2020) et autres puisque dans les archives de cette période on retrouve des catégorisations telles que: « Métropole », « DOM-TOM », « CEE », « Afr. Nord », « Afr. Noire » et « Autres » pour définir les publics. Il montre comment, au fil du temps, ces contraintes ont conduit les gestionnaires de l’Office municipal de Saint-Denis à opérer un « rééquilibrage financier » par le biais d’un « rééquilibrage social », expression euphémisante pour désigner les populations immigrée et au delà les habitants racisés qui ont hérité de cette pratique stigmatisante.C’est ainsi que dans les années 1990, les ségrégations socio-spatiales se sont consolidées dans un marché immobilier marqué par un prix du logement qui explose. Cédric DAVID fait part de sa crainte de voir les discriminations s’accentuer encore à l’aune d’une forte inflation à venir, associée à l’organisation des JO 2024 conduisant à orienter le débat vers le « bon dosage » de logements sociaux et le juste niveau de « mixité sociale » sans se préoccuper des discriminations qu’inévitablement ces paramètres vont renforcer.
Lire plus